Hot Sauce Cycling

Rêves. Nous les avons tous. Pas le type de rêves dont nous nous réveillons, mais ceux qui sont toujours présents dans notre esprit, qui nous rappellent chaque jour ce qu’il nous est possible ou impossible d’atteindre selon l’attention qu’on y porte.

Hot Sauce

Désirs. Ils sont constants, nombreux et désespérés d’attention, sans faille. Tels la carotte au bout du bâton qui mène l’âne dans toutes les directions, je crois que de suivre les bons désirs de la bonne manière est la meilleure façon d’atteindre ses rêves. Laissez-moi vous expliquer.

À quatorze ans, j’étais un rondelet fumeur qui créait le trouble partout où j’allais et habituellement avec des gens peu fréquentables. Je ne voulais plus être la risée de l’école, je voulais respecter qui j’étais mais je ne savais pas comment le faire. Je rêvais de perdre du poids, de devenir populaire et d’être accepté par mes pairs à cet âge vulnérable.

À seize ans, je passais mes pauses du dîner sur la piste d’athlétisme derrière l’école pour mon cinq kilomètres quotidien. J’ai délaissé mes vieux amis et noué de nouvelles amitiés plus saines, amélioré mes habitudes, perdu du poids de façon sensée et gagné en confiance personnelle du même coup. Je développais une telle affection pour la course que je pensais joindre un club et commencer la compétition. Mon rêve était de voir où la course pourrait me mener.

À dix-huit ans, j’étais étudiant à l’université et je courais dans l’équipe de cross-country pour les Dinos de l’Université de Calgary. J’obtenais une éducation, j’avais une vie sociale dynamique, et je courais quatre-vingt kilomètres par semaine pour perfectionner mes aptitudes en athlétisme. Je voulais devenir l’un des meilleurs coureurs de distance de l’équipe et accomplir tellement plus. Je rêvais de remporter des courses de niveau national. À tout le moins, c’est ce que je me répétais les frais dimanches matins lorsque je me rendais à l’entraînement encore un peu en état d’ébriété de la veille. J’ai succombé aux blessures et au surentraînement avant même la fin de mon premier hiver.

À dix-neuf ans, j’étais en physiothérapie trois fois par semaine pour me remettre d’une opération à mon genou droit. Tout ce que je voulais était de pouvoir courir à nouveau. Le sport me manquait, de même que les amis et la communauté qui l’entouraient. Je me présentais toujours aux entraînements pour le temps en salle de gym, mais j’avais tendance à me retirer, frustré, dès que les choses se compliquaient sur ma route vers la rémission. Je voulais courir mais n’étais pas prêt à ramper pour m’y rendre. Je rêvais alors de retourner en arrière et de tout recommencer. J’ai quitté l’équipe, et peu de temps après, l’université en entier. Je me suis alors embarqué sur la mission de reconstruire mon identité sans le sport comme fil conducteur.

À vingt-et-un ans, je me suis inscrit à ma première course de vélo dans la classe grand public du contre-la-montre provincial en Alberta. J’ai conclu l’épreuve sans éclat, au milieu du classement, mais j’étais absolument séduit. Après quelques années à utiliser mon vélo pour me rendre à un travail qui n’était que ça, un travail, je renouais avec la satisfaction de pourchasser l’excellence. Je voulais recommencer à courir, mais cette fois sur deux roues. Je rêvais de voir ce que je pourrais accomplir en tant que cycliste.

À vingt-trois ans, je courais sur route en catégorie deux et remportais des compétitions ouvertes de cyclocross en Alberta. Je voulais me tester hors de limites de la province – ce monde dans lequel j’avais vécu tout ce temps me semblait soudainement plus petit qu’auparavant. Je me suis donc aventuré du côté des États-Unis pour une poignée d’épreuves l’UCI et j’y ai côtoyé des gens qui en avaient fait leur gagne-pain. Des coureurs professionnels tels que Powers, Trebon et Kabush étaient nommés à l’avant, tandis que je regardais, plusieurs rangs derrière eux. Je rêvais de me trouver à leurs côtés un jour, et me jurais que cette fois je ferais preuve de la patience nécessaire.

À vingt-quatre ans, j’ai remporté ma première – et seule à ce jour ! – course professionnelle de cyclocross de catégorie deux en Californie. Avec mon égo gonflé à bloc, je me suis aventuré de l’autre côté de l’océan, en Europe, pour courir contre les meilleurs du monde du cyclocross pendant le congé des Fêtes. La Belgique était morne, je me faisais battre à plates coutures, et ma copine me manquait. Je voulais rentrer à la maison mais mon rêve était de devenir le meilleur à quelque chose à nouveau, cette fois sur roues, et c’était ici que les meilleurs se trouvaient; s’ils étaient ici, je devais l’être aussi !

À vingt-six ans, je mariais ma copine Aimee (les rêves deviennent vraiment réalité !) mais j’étais aussi complètement hors forme pour la course en raison d’impacts latents de mon premier voyage en Europe. J’ai passé la plus grande partie de l’année précédente hors du circuit UCI en général et j’ai donc décidé de courir au niveau local. Je travaillais alors comme messager à vélo à Calgary, ce qui avait ses avantages (dont se faire payer pour se promener à vélo toute la journée !) mais je continuais de rêver de gagner ma vie comme cycliste professionnel en Europe. La petite voix dans ma tête était incessante. « Retournes-y, » me soufflait-elle. Pas si facile. « Qu’as-tu à perdre ? » renchérissait-elle. Mon compte en banque, premièrement ! C’est alors qu’est né Hot Sauce Cycling. Rêver est gratuit, mais pour avoir les moyens de les atteindre, il allait me falloir beaucoup plus que ce que je gagnais comme messager chaque jour. J’ai alors commencé à vendre des casquettes et chandails personnalisés lors d’événements locaux pour amasser des fonds pour répondre à mon plus récent désir : passer trois mois à l’étranger pour courir contre les meilleurs une fois de plus. Je rêvais toujours de devenir un pro entièrement dédié au sport, et alors que je partageais mes histoires et expériences à travers les médias sociaux, j’accumulais des supporters et gens de même inclination en provenance des quatre coins du monde.

Maintenant âgé de vingt-huit ans, je reviens tout juste à la maison après une série de courses UCI incluant deux Coupes du monde en terre américaine, à l’une desquelles j’ai terminé 40e. Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que je me suis placé 40e au monde à quelque chose – mon meilleur résultat en Coupe du monde à ce jour. C’est un sentiment qui ne s’explique pas. C’est aussi quelque chose que je n’aurais jamais pu prévoir un jour désirer. C’est quelque chose que je n’avais jamais rêvé d’atteindre de cette façon. Grâce à un réseau international de supporters Hot Sauce Cycling qui continuent de financer mes courses par l’achat de maillots, de casquettes et de chaussettes, aux généreux commanditaires qui sont apparus de nulle part et partout à la fois à travers les années pour m’aider à réaliser mes rêves, sans oublier mes amis, ma famille et ma partenaire, Aimee, qui a cru en moi avant même que je ne le fasse; c’est grâce à l’appui de tous ces gens que j’ai pu continuer à faire tourner mes roues année après année, à chacune des courses et toujours vers la suivante. Les gains que j’ai amassés n’auraient pas été possibles sans chacun d’entre eux. 

 Hot Sauce

Au cours des quatorze dernières années, j’ai tranquillement appris à donner la bonne dose d’attention et énergie à chacun de mes désirs afin de les combler et de vivre mes rêves. Maintenant avec un réseau de soutien qui s’étire au-delà des océans, j’aime croire que le vulnérable Mark de quatorze ans serait heureux de voir les relations que nous avons bâties, les désirs que nous avons remplis et les rêves que nous avons accomplis. Êtes-vous à l’écoute de ce que vos rêves vous demandent ? C’est un chemin digne de s’y aventurer, pour autant que vous poursuiviez les bonnes carottes.    

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