L’épopée de Bruno Langlois

Jouer à domicile : L’épopée de Bruno Langlois

Le Grand Prix Cycliste de Québec est une course d’usure. Depuis maintenant 7 ans, les meilleurs cyclistes du monde viennent courir cette épreuve de niveau World Tour en sachant très bien qu’elle n’offre aucun répit.

En septembre 2012, le GP en était à sa troisième édition et le cycliste québécois Bruno Langlois, de Matane, à son troisième départ. Au fil des 16 tours, l’enchaînement des montées a causé de nombreux abandons. Avec à peine plus de deux tours à faire, Bruno était toujours là, à l’avant du peloton. « J’avais de superbes jambes, je me sentais super bien, j’ai attaqué… »

Bruno Langlois

Le premier rendez-vous

L’histoire d’amour entre le coureur de l’équipe Garneau-Québecor et le GP cycliste de Québec débute à l’été 2009. « L’Union cycliste internationale a annoncé des courses de niveau World Tour pour Québec et Montréal dès 2010. Les coureurs d’ici ne se faisaient pas trop d’attentes », avoue Langlois. « Est-ce que les équipes européennes allaient envoyer leurs meilleurs coureurs ? Est-ce que ce serait un échec ? Personne ne le savait. Mais durant la semaine précédant la première édition, les doutes se sont effacés. Il y avait du calibre, j’étais super motivé. Dès le coup de départ, j’ai attaqué, sur le gun, comme on dit dans le monde du vélo. »

Une attaque qui ne durera pas, mais qui donne le ton pour les années à venir. Langlois, guerrier sur deux roues, passera à l’offensive dès que l’occasion se présentera au fil des ans.

Pour les cyclistes canadiens, être sélectionné pour courir les grands prix cyclistes de Québec et Montréal avec l’équipe canadienne est l’objectif de l’année. Un bon résultat lors de ces courses peut changer une carrière. « S’il y a un week-end de course pour lequel tous les cyclistes canadiens se préparent à 100 %, c’est bien celui-là, explique Bruno Langlois. Personnellement, j’ai une faveur pour celle de Québec », admet l’athlète. « Elle me fait rêver. C’est chez moi, devant ma famille et mes amis, sur un parcours qui me convient. Si tu es dans une bonne journée, que tu ne chutes pas et que ton vélo n’a pas de problème mécanique, tout peut arriver. Les courses ont toutes un scénario classique, mais on ne sait jamais comment ça va tourner. »

Bruno Langlois

L’attaque

En cet après-midi de septembre 2012, le scénario classique suit son cours. L’échappée vient d’être reprise par le peloton et Langlois, lui, ne sent pas les pédales. « En milieu de course, je parlais aux plus jeunes coureurs de l’équipe. Ils me disaient qu’ils étaient à fond et qu’à ce rythme, ils seraient bientôt largués. En temps normal, je souffre à peu près autant qu’eux et je les encourage en disant qu’ils vont trouver le bon rythme. J’ai répété mes bons mots d’encouragement, mais la vérité, cette fois-là, c’est que je me sentais super bien. C’était facile ! »

Avec 25 km à faire, les meilleurs cyclistes du monde grimpent la côte de la montagne, au cœur du Vieux-Québec, à fond train. La foule survolte littéralement Langlois. C’est l’un des seuls Québécois encore en course. Il entend son nom partout. ALLEZ BRUNO ! Il voit même son ami de longue date et propriétaire de son équipe, Louis Garneau, à qui il envoie un signe de main. « J’ai de bonnes jambes aujourd’hui mon Louis… »

Bien installé au-devant du peloton, Langlois attend le moindre ralentissement pour attaquer. Ce moment survient au pied de la côte des Glacis. Bruno s’envole, pédalant de toutes ses forces sur le gros plateau, larguant le peloton en compagnie du Danois Chris Anker Sorensen. « On a creusé l’écart tout de suite. J’ai poursuivi l’effort jusqu’au dernier kilomètre de ce tour, devant le château Frontenac. Quand Sorensen est passé, j’ai serré les dents. J’étais complétement à la limite de l’effort. Plus haut dans la montée, je me suis dit que tant qu’à être ici, j’allais prendre les points du grand prix de la montagne, alors je l’ai dépassé juste avant la ligne. »

Après avoir fait le même coup au grand prix de la montagne suivant, Langlois se hisse à égalité avec le meneur au classement du meilleur grimpeur. Il roule en tête sur sa course préférée, à moins de 20 kilomètres de l’arrivée. L’échappée est reprise avec un tour à faire. Les jambes de Bruno sont encore bonnes. Il termine 30e, avec les meilleurs au monde.

« J’étais super content, je me suis montré en fin de course. Par le passé, j’attaquais beaucoup en première partie d’épreuve. Là, j’étais dans le feu de l’action jusqu’à la toute fin. Une fois la ligne franchie, je récupérais de mes efforts quand quelqu’un de l’organisation est venu m’annoncer que j’allais sur le podium en tant que meilleur grimpeur ! Étant donné que l’autre coureur qui avait le même nombre de points que moi a fini la course plus loin au classement, c’est moi qui gagne ! Voilà l’importance de ne jamais abandonner. Ce fut un très beau moment, surtout que mon bon ami, François Parisien, a fini 10e et meilleur Canadien. Je n’arrivais pas à y croire; les deux vieux loups sur un podium World Tour, après toutes ces années passées ensemble sur le vélo. »

Bruno Langlois

La volonté

Courir à la maison offre un surplus de motivation dans les bons moments comme dans les moins bons. L’année suivante, Langlois connaissait une mauvaise journée, mais a persévéré pour faire honneur à ses plus grands fans. « Tout le monde était venu m’encourager. Si j’avais été à n’importe quelle autre course ce jour-là, je n’aurais pas aussi bien couru. »

Le cyclisme n’est pas un sport facile. En 2015, Bruno a dû rater sa course favorite en raison d’une fracture de la clavicule. Il en est revenu encore plus fort, remportant un spectaculaire titre de champion canadien dans les rues d’Ottawa en juin 2016, après presque 20 ans de courses professionnelles. Quelques jours plus tard, l’athlète de 37 ans a de nouveau chuté sur sa clavicule… Ce qui causa une autre fracture.

« J’ai travaillé très fort pour garder la forme et revenir juste à temps pour le Grand Prix de Québec. Je connais cette course par cœur. J’y vais pour aider les jeunes de l’équipe canadienne à réaliser leurs rêves et si j’ai de superbes jambes, on ne sait jamais ce qui peut arriver. Tout est possible quand on court avec son instinct, avec panache. C’est ça la beauté du vélo. »

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