Né pour courir

Né pour courir

Il fait une chaleur torride en ce vendredi après-midi au New Hampshire Motor Speedway et la tension est à son comble dans les garages des équipes Nascar de la Coupe Sprint. Avec moins de dix minutes à faire dans cette dernière session d’essais libres avant les qualifications, chaque équipe s’affaire à renvoyer sa voiture en piste une dernière fois avant l’heure de vérité.

Le bruit est infernal, les mécaniciens courent dans toutes les directions. Les moteurs démarrent, les voitures s’envolent hors des puits à fond la caisse, en plein dérapage. Plus que cinq minutes… Une des dernières voitures à prendre piste est celle marquée du numéro 38 de Landon Cassill. Le coureur de 27 ans est pratiquement né pour courir. Il a maintenant atteint la Coupe Sprint, le sommet de la course automobile américaine. À ce niveau, chaque équipe se dédie entièrement au combat qui se tient dans ce colisée moderne qu’est la piste de course, où l’odeur de l’huile et des pneus brûlés rappellent à tous qu’aucun compromis ne sera toléré en route vers le fil d’arrivée.

Naïvement, on pourrait penser que Landon préfère relaxer lorsqu’il quitte la piste. C’est loin d’être le cas. Lorsque la pratique est terminée, il quitte pour aller courir… à pied. La course automobile n’est pas tout pour lui. Landon est aussi un triathlète dans les quelques 12 fins de semaine de l’année où il n’est pas dans sa voiture de course.

« Mon père faisait des duathlons » mentionne le natif de l’Iowa. « Il m’a toujours poussé à essayer car cela pourrait améliorer ma forme physique dans la voiture. J’ai atteint un niveau où je pouvais en faire plus pour moi-même et pour l’équipe afin de devenir un meilleur coureur automobile. Mon père et moi nous sommes donc inscrits pour un demi-Ironman. C’était avant même que je ne commence à m’entraîner pour un triathlon! C’est ainsi que j’ai commencé et ça s’est développé en une passion pour le sport. Mais j’ai aussi réalisé que le Nascar était un sport d’endurance et que de faire du triathlon améliorait ma performance en tant que coureur automobile. »

Si l’amélioration de sa forme physique était ce qui a initialement attiré Cassill vers les sports d’endurance, plusieurs autres facteurs l’ont poussé à se développer en tant qu’athlète. Et les résultats ont suivi rapidement. En 2015, il a consacré beaucoup d’efforts à son entraînement et en a récolté le fruit lorsqu’il a complété le Ironman 70.3 de Muncie en 4 heures et 30 minutes. Cette performance l’a aussi qualifié pour le Championnat du monde Ironman 70.3 en Autriche. Pas mal pour un débutant qui se considère un bon nageur, coureur décent et cycliste avec beaucoup encore à apprendre. 

« Je suis parti de zéro en cyclisme et je m’y suis retrouvé par défaut pour le triathlon. Je m’améliore mais je suis purement un cycliste-triathlète. Je peux maintenir un rythme rapide pour un bon moment, mais si j’étais en course cycliste, si le rythme s’accélère subitement, je me ferais rapidement larguer! »

Suivre cet athlète multi-disciplinaire dans les garages Nascar met une chose en évidence : Landon aime la course. Point.

« Le Nascar et le triathlon ont beaucoup en commun, principalement que tu ne peux pas vraiment mettre ton focus sur les autres coureurs. Tu dois d’abord te centrer sur toi-même et faire ta course. En Nascar, cela veut dire que la voiture doit avoir les bons ajustements et le coureur doit être en symbiose avec le tracé et la piste. »

Beaucoup de coureurs automobile se gardent en forme grâce aux sports d’endurance. Certains font du cyclisme, d’autres aiment le triathlon. Tous s’affrontent au plus haut niveau du Nascar, mais pas tous dans les mêmes équipes, avec les mêmes voitures ou les mêmes budgets. Mais hors de la voiture, tout est une question de force dans les jambes, et là, Landon excelle. Il reste toutefois humble. 

« Je ne sais pas si je suis le meilleur triathlète en Nascar! » s’exclame-t-il. « C’est plaisant de pouvoir s’entraîner avec d’autres coureurs qui sont aussi des triathlètes, comme Josh Wise, Jimmie Johnson et Trevor Bayne. Nous sommes tous des athlètes compétitifs. Je pense que Josh et moi sommes très compétitifs l’un envers l’autre et nous avons beaucoup de plaisir à s’inscrire et s’entraîner ensemble pour ensuite s’affronter en compétition. »

Reed Ferguson, l’ingénieur de course de Landon Cassill chez Front Row Motorsports, voit la différence entre un coureur qui est vraiment en forme et un qui fait du sport comme passe-temps. « Landon est très attentif durant l’ensemble de la course. Il nous donne de l’information à point. Il est bon pour analyser la voiture et ce qui se passe en pratique. Son niveau de forme physique est définitivement un atout. »

 

Et il a intérêt à être en forme, puisque la course New Hampshire 301 sera enflammée en cette journée d’été…

Le dimanche, des milliers d’amateurs de Nascar se regroupent autour de la piste, la tension est palpable. La pression est maintenant sur Landon le coureur automobile, qui devra prendre chaque virage le plus rapidement possible. Mais c’est ce qu’il aime, courir à la limite, comme il le fait lorsqu’il entame les derniers miles de course à pied de ses triathlons. 

« Ma famille est en affaires dans le monde de la course automobile et j’y ai dédié toute ma vie. J’ai accumulé mes dix mille heures de course pour devenir un professionnel, de la même façon qu’un athlète en triathlon ou cyclisme le ferait. Dans tous ces sports, l’objectif est de franchir la ligne d’arrivée avant les autres; nous ne faisons qu’utiliser différents véhicules. On apprend de ce que l’on fait dans d’autres sports et ça s’applique à d’autres disciplines. Par exemple, le triathlon m’a aidé à raffiner ma nutrition dans la voiture. Maintenant, j’utilise le même plan de nutrition pour une course Nascar de quatre heures que je le fait pour un triathlon demi-Ironman de quatre heures. »

Chaque dimanche, la journée de la course n’est que le point culminant d’une semaine de travail qui a débuté le lundi matin. Tout comme en sports d’endurance, la performance dépend beaucoup de la préparation. « Nous passons beaucoup de temps à travailler sur la voiture à la piste de course, mais la vitesse est bâtie dans le garage en Caroline du Nord. La poignée de gars qui sont à la piste ne sont qu’un petit échantillon de l’équipe Front Row Motorsports. Nous avons une équipe qui travaille au garage en ce moment, qui prépare ma voiture pour la course de la semaine prochaine. C’est merveilleux ce qu’ils font comme préparation. Ils mettent ensuite la voiture dans le camion et nous n’avons qu’à l’ajuster à la piste et se croiser les doigts que tout ira comme prévu pour la course. »

Landon prend position sur la ligne de départ, comme il le ferait sur la plage pour un triathlon, en anticipation du coup de départ. 

« J’ai vécu des hauts et des bas dans ma carrière. À un certain moment, je n’étais pas certain de pouvoir continuer, donc maintenant j’apprécie chaque moment et chaque opportunité encore plus que je ne l’aurais fait il y a quelques années. »

Finalement, l’annonceur prononce les mots tant attendus : « Coureurs, démarrez vos moteurs! »

Pour Landon, il n’y a rien de comparable.

Le drapeau vert est agité et les coureurs décollent, combattant pour chaque position, à chaque tour et à travers chaque arrêt chaotique dans les puits de ravitaillement.

Courir à la limite. Sur la piste. Dans l’eau. Sur la route. Toujours.

 

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